À l’occasion de la présentation du plan gouvernemental contre la financiarisation de la santé, Hygie31 partage un objectif essentiel : l’indépendance des pharmaciens n’est pas négociable. Mais ce plan contourne la question de fond : comment finance-t-on, en France, l’installation et le développement d’un professionnel indépendant ?
Alors que l’article 10 du PLFSS 2027 prévoit parallèlement une contribution de 15 % sur certaines rémunérations des groupements, Hygie31 alerte sur une contradiction : on ne peut pas vouloir renforcer l’indépendance des pharmaciens tout en affaiblissant les organisations qui contribuent à leur autonomie économique.
Une organisation choisie par les pharmaciens
La profession s’est organisée pour répondre aux transformations du métier, aux nouvelles missions de santé et à une visibilité économique de plus en plus dépendante des décisions publiques. Là où l’État a fixé de nouvelles ambitions sans toujours apporter les moyens et la stabilité économique nécessaires à leur déploiement, les groupements ont construit des réponses mutualisées.
Aujourd’hui, 94 % des pharmacies françaises adhèrent à un groupement. Selon les données du CNGPO, 90 % des pharmaciens interrogés considèrent leur groupement comme important, voire indispensable au fonctionnement de leur officine.
Achats mutualisés, formation, outils numériques, accompagnement opérationnel et nouvelles missions de santé : les groupements apportent des services qu’une pharmacie ne pourrait pas toujours développer seule dans les mêmes conditions.
« On parle de financiarisation comme si les groupements possédaient les pharmacies. C’est faux. Le capital des officines appartient à leurs titulaires, et à eux seuls. Un groupement n’est pas un actionnaire : c’est un prestataire au service de pharmaciens indépendants. La diversité des acteurs garantit aux pharmaciens une liberté de choix et oblige chaque groupement à démontrer la valeur de ses services. Avant de taxer, mesurons l’impact possible sur les officines à court et long terme. » Hervé JOUVES, président-fondateur d’Hygie31
La diversité des groupements protège l’indépendance
Coopératives, sociétés commerciales, acteurs nationaux ou régionaux, réseaux avec ou sans enseigne : le secteur compte des groupements de toutes tailles et aux modèles variés.
Cette diversité permet à chaque pharmacien de choisir le modèle, les services et les conditions d’adhésion les plus adaptés à son officine et à son projet.
Elle entretient également la concurrence entre groupements. Pour attirer et conserver leurs adhérents, ceux-ci doivent démontrer la qualité de leurs services et leur contribution à la performance des officines. La liberté de choisir son prestataire et d’en changer, constitue une garantie concrète d’indépendance.
Une contribution uniforme de 15 % pourrait fragiliser certains groupements, notamment les plus petits, réduire la diversité des offres et favoriser une concentration du secteur. Ces conséquences doivent être mesurées avant l’adoption d’une mesure susceptible de transformer durablement le marché.
La FSPF reconnaît elle-même publiquement que la CNAM et la DSS considèrent que le produit de cette taxe reviendra à l’Assurance maladie. Rien ne permet donc d’affirmer que les 120 millions d’euros prélevés sur l’écosystème officinal seront réinvestis au profit des pharmacies.
Cessons de mettre artificiellement des modèles dos à dos pour traiter les vrais sujets
Hygie31 déplore que le débat oppose artificiellement les coopératives aux groupements dits « classiques ». Tous accompagnent des pharmacies indépendantes et contribuent, selon des modèles différents, à leur performance et au maillage territorial. La forme juridique ne dit rien des pratiques.
La taxation des groupements et la financiarisation des officines sont par ailleurs deux sujets distincts. Comme tous les entrepreneurs indépendants, les pharmaciens ont besoin de capitaux pour reprendre une officine, investir dans les nouvelles missions de santé et développer leur activité.
Or, aucune politique dédiée d’appui à l’installation et à la transmission n’a véritablement répondu à ces besoins. Dans le même temps, l’évolution vers une rémunération davantage fondée sur les honoraires et les forfaits accroît la dépendance des officines à des arbitrages publics contraints et évolutifs. Lorsque les perspectives économiques deviennent moins prévisibles, c’est toute la capacité de financement de l’officine qui se dégrade.
Le recours à des financements alternatifs traduit d’abord un besoin de financement auquel les dispositifs existants ne répondent pas pleinement.
La régulation doit donc porter sur les pratiques susceptibles de créer une dépendance et non sur le financement en tant que tel.
Hygie31 propose l’adoption d’une charte nationale du financement responsable, applicable à tous les financeurs, quel que soit leur statut.
Cette charte pourrait notamment prévoir :
● une information claire, préalable et complète sur le coût global du financement, sa durée, ses modalités de remboursement et les engagements qui lui sont spécifiquement associés ;
● un délai de réflexion et l’accès à un conseil juridique et financier indépendant avant la souscription de tout financement engageant l’officine sur plusieurs années ;
● l’absence de toute immixtion du financeur dans les décisions relevant de l’exercice professionnel du pharmacien, notamment la dispensation, le conseil, la substitution et le choix thérapeutique ;
● l’interdiction de rémunérations du financement directement indexées sur des objectifs de dispensation ou susceptibles d’influencer les décisions professionnelles du pharmacien.
« Encadrons les pratiques qui portent réellement atteinte à la liberté des pharmaciens. Mais ne prenons pas le risque, sans même l’avoir évalué, d’affaiblir les organisations qu’ils ont eux-mêmes choisies pour améliorer la performance de leur officine et préserver leur indépendance », conclut Hervé JOUVES